| La parole aux gérants

Alken European Opportunities est un fonds que nous avons sélectionné pour faire partie du FIL ROUGE EF 2013 (cf. notre article sur Suivi du portefeuille ETHIC FINANCE et « FIL ROUGE EF 2013 »)

Salle comble et écoute attentive pour Nicolas Walewski, hier (NDLA : 9 mai 2013) à Genève. L’ancien gérant du fond Oyster European Opportunities a fondé Alken Asset Management fin 2005 et affiche actuellement plus de 3 milliards d’euros d’actifs sous gestion, sur les actions européennes en long only et en long/short. Son fonds European Opportunities (2,9 milliards d’euros d’AuM) a progressé de 15,5% cette année, contre +27,5% l’an dernier. Le fonds Absolute Return (AuM : 310 millions) affiche +9,5% YtD et +10,5% en 2012. Le tour d’horizon de Nicolas Walewski sur ses investissements et les marchés sont toujours très attendus. Pour un stock-picker très orienté fondamentaux comme Walewski, les entreprises se divisent en deux catégories : celles qui sont dans une logique déflationniste (qui diminuent leurs coûts et perdent des parts de marché) et celles qui investissent (qui créent souvent leur propre marché et ont tendance à surperformer). Seules les secondes l’intéressent, d’où son credo : «investir dans les entreprises qui investissent».

Constitué sur de fortes convictions, son portefeuille a relativement peu bougé ces derniers mois. Eurotunnel a été vendu récemment : « l’actif est magnifique mais nous n’avions pas confiance dans le management et il est inutile de prendre des risques dans ce marché offrant beaucoup d’opportunités». Alken a aussi vendu un peu de Bureau Veritas.

En revanche, le gérant ne dissimule pas son optimisme sur BMW, acheté il y a quelques semaines. Pourquoi? «Car le constructeur allemand investit en permanence et ne sera probablement pas rattrapé. Daimler sous-investit ou le fait mal, et les autres sont loin derrière.»

BMW dispose également d’un bon pricing power et le titre reste attractif après la récente correction. Seul challenger possible, VW est pénalisé par le manque de visibilité sur son activité camions et subit la forte pression sur les prix des marchés de masse. Dans le secteur, Continental et Valeo ont été achetés récemment.

Autre achat récent, ASML dispose d’un monopole mondial. «Pour ses nouveaux produits, l’industrie du semi-conducteur devra payer de plus en plus cher».

Un autre thème attractif est à rechercher du côté des restructurations, celle de Carrefour en tête.  «Formé à l’école hôtelière de Lausanne, le CEO Georges Plassat applique rapidement une gestion de bon sens».

Après avoir été négatif sur la valeur pendant dix ans, Alken est à nouveau positif : Carrefour gagnera bientôt des parts de marché, grâce à «un effet de levier opérationnel et financier sous-estimé par le marché». Fidèle à sa ligne de conduite, Walewski écoute davantage les clients que le marché.

Surtout, le distributeur se retire des pays non rentables, un élément clé pour Walewski: «ce business n’offre pas d’économies d’échelle au niveau mondial; être présent dans 40 pays ne sert à rien».

Le principe s’applique aussi à Lafarge, l’autre story de restructuration mentionnée par le gérant. Le cimentier a rationnalisé ses investissements et devrait doubler son retour sur le capital employé – «même si la bourse n’y croit pas».

Sur les banques, Nicolas Walewski n’émet pas d’avis tranché et prévoit des performances erratiques. Il est investi dans le gérant d’actifs italien Mediolanum.

Sur les utilities, «le marché sous-estiment l’impact de la faible croissance et du mouvement vers le renouvelable. Les prix forward montrent que les bénéfices vont diminuer».Le thème du stockage de données constitue toujours une importante position : la demande et les prix restent très soutenus, notamment sous l’influence de «la lame de fond du cloud».

Le gérant reconnaît avoir été déçu  dans le secteur des technologies par Software AG et Gemalto, mais continue à apprécier Beiersdorf (crème Nivea), désormais dans les mains d’un nouveau CEO très apprécié.

Un mot sur l’avenir du portefeuille d’Alken, pour finir. « Nous avons visité la semaine dernière une entreprise du nord de l’Europe. Elle investit beaucoup, gagne des parts de marché. Le titre peut paraître cher après une forte hausse, mais pas tellement quand on pense que cette valeur peut progresser de 20% par an». Une valeur dont le nom restera secret pour le moment.

Trois ans de décalage en France

Sur les marchés, la vision de Nicolas Walewski est simple : les indicateurs ne fournissent pas d’indication forte. Les liquidités des divers programmes de QE (NDLA : Quantitative Easing) bénéficient aux États (qui augmentent leurs déficits), mais ne se dirigent pas vers les investissements productifs. Résultat: la croissance mondiale restera faible, ce qui est peut-être sous-estimé par le marché. Mais «des signes d’optimisme sont apparus fin mars – début avril, et les entreprises entament peut-être une période de restockage», explique le gérant connu pour son stock-picking. La petite progression de certaines cycliques qui en a découlé ces dernières semaines sera-t-elle durable? Il avoue n’en rien savoir.

Au niveau des pays, le gérant d’Alken distingue ceux qui ont mené des réformes et sont attractifs (Irlande, mais il est difficile d’y investir) ; ceux qui font des efforts (Portugal, Espagne, Grèce) et ceux qui vivent un «pourrissement» de leur situation (Italie et France : «je ne sais pas où ils vont»). Mais Walewski semble surtout inquiet de la détérioration lente observée en Allemagne, dans le nord de l’Europe et dans beaucoup de pays émergents.

Questionné sur la France, qui représente près de 25% du portefeuille, le gérant estime que le pays dispose toujours d’entreprises peu affectées par la situation macroéconomique nationale (comme L’Oréal, Essilor, Lafarge).

En France aussi, Nicolas Walewski voit des signes positifs, comme le relèvement de l’âge de la retraite (pour la première fois depuis 1973) et les accords salariaux très favorables aux entreprises passés chez Renault ou Peugeot. D’autres vont suivre, imprimant une restructuration positive en France, même si deux gros points noirs demeurent : la consommation et les finances publiques.

La France, comme l’Italie, risque de vivre avec trois ans de décalage ce qui s’est passé en Espagne, qui a mené «le meilleur ajustement» et offre «le meilleur moyen de le jouer».

Après avoir touché un point bas il y a quelques années, les marges des sociétés espagnoles qui ont survécu ont progressé, au point de dépasser les marges allemandes, relève-t-il.

Source : L’AGEFI – Quotidien de l’agence économique et financière de Genève – Sébastien Ruche – 10 mai 2013