| Stratégies patrimoniales

Dans une précédente newsletter (septembre 2018), nous avons évoqué la rentabilité de divers investissements. En partant d’un placement initial de 15 245 euros en 1995, nous avons évalué leur valeur à différence dates, compte tenu de leurs performances respectives. Or, ces dernières n’étaient pas pondérées par l’impact des frais et de la fiscalité éventuelle.

Nous allons évaluer ici leurs incidences sur la rentabilité (sur la base de la loi de finances 2018).

1) L’incidence des frais de souscription, d’achat…

– Le livret A ne supporte aucun frais de souscription ;

– Un investissement immobilier, à Paris comme en province, engendre le paiement des frais de transaction. Pour l’estimation ci-après, nous prendrons en compte des frais de 6,5 % ;

– Concernant le lingot d’or, des frais de transaction de l’ordre de 2 % seront considérés ;

– La souscription d’un fonds euros dans un contrat d’assurance entraîne le paiement de frais d’entrée, que nous estimons ici à 3 % ;

– L’acquisition de titres (CAC 40) suppose quant à elle des frais de transaction de 1,5 %.

Ci-après le coût total, frais compris des différents investissements :

Ainsi la plus-value économique est réduite de l’impact des frais payés qui peuvent s’avérer significatifs, particulièrement dans l’immobilier.

2) L’éventuel impact de la fiscalité après 23 ans de détention (1995-2018)

– Le Livret A est toujours net de frais, de fiscalité et de prélèvements sociaux ;

– La vente d’un bien immobilier (hors résidence principale) est taxée selon le régime des plus-values immobilières au titre de l’impôt sur le revenu (au taux forfaitaire de 19 %) et des prélèvements sociaux (au taux de 17,2 %), si une plus-value est réalisée lors de la vente !

Cette dernière est calculée par la différence entre le prix d’acquisition et le prix de cession, majoré par un forfait de 7,5 % censé représenter les frais d’acquisition et par un forfait de       15 % pour tenir compte des travaux. Une plus-value brute est obtenue, à laquelle on applique des abattements pour durées de détention (au-delà de 5 ans) pour déterminer la plus-value soumise aux prélèvements. Concernant l’impôt, cet abattement est de 6 % entre la 6ème et la 21ème années de détention et 4 % la 22ème année, entraînant une exonération à partir de la 23ème année. Quant aux prélèvements sociaux, l’abattement est de 1,65 % entre la 6ème et la 21ème, de 1,6 % la 22ème année et enfin de 9% jusqu’à la 30ème année, entraînant une exonération à partir de la 31ème année de détention.

Dans le cas d’espèce, soit 23 ans de détention, il y a donc une exonération de l’impôt sur le revenu et un abattement de 37 % au titre des prélèvements sociaux.

– Le lingot d’or, dans son régime d’imposition le plus favorable, celui de la taxe sur la plus-value, est exonéré d’impôts au-delà de la 22ème année de détention, d’où l’absence de prélèvement à ce titre, à la condition de disposer de l’ensemble des justificatifs permettant de déterminer la plus-value. A défaut une taxe de 11,50 % du prix de cession est appliquée.

– Lors d’un retrait des capitaux sur un contrat d’assurance, la plus-value enregistrée fait l’objet, au-delà de 8 ans de détention et en cas de versements inférieurs à 150 000 euros, d’une imposition de 7,5 % après un abattement de 4 600 euros pour une personne seule (9 200 € pour un couple) applicable sur la plus-value constatée.

– Concernant le CAC 40, lors de la cession d’un titre, il peut être enregistré une plus-value mobilière (là aussi, imposée au titre de l’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux). Afin de simplifier la démonstration, nous avons utilisé le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU – ou Flat Tax), qui suppose une imposition totale de 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu, majorée de 17,2 % au titre des prélèvements sociaux.

3) La valeur finale nette de frais et de fiscalité en 2018

Selon les frais et la fiscalité éventuelle ci-avant calculés, voici la somme nette dont les investisseurs pourraient disposer :

4) L’importance de prendre du recul sur ces chiffres

  • En première analyse, l’or semble être l’investissement le plus « rentable » puisqu’il dispose de la valeur nette finale la plus élevée en 2018 alors que le livret A se classe bon dernier !

  • Par ailleurs on constate que l’impact des frais et de la fiscalité ne sont pas neutres sur la hiérarchie des performances nettes, même si cet impact se réduit généralement avec la durée de détention des placements.

  • Toutefois, malgré ces constatations, il est nécessaire de pondérer ces résultats. En effet, l’or, comme le livret A, procurent dans notre exemple une plus-value à terme lors de la cession, mais, contrairement à des investissements comme un bien immobilier ou un titre, n’offrent aucun revenu régulier (loyers ou dividendes), soumis à imposition généralement, mais qui offrent un rendement immédiat.

Ce revenu régulier (ou non) contribue bien entendu à la rentabilité globale de l’investissement non pris en compte ici, et participe activement à sa sécurité.

Par rapport à une plus-value aléatoire constatée à terme lors de la cession, le revenu encaissé, fiscalisé ou pas suivant le support sélectionné, permet de constater un enrichissement immédiat assurant une performance minimale à son placement.

Dans les périodes d’incertitudes et de craintes par rapport à l’avenir, la sécurité d’un flux de revenu quel qu’en soit le montant est un élément qui contribue à la performance de son placement et qui réduit son exposition aux risques.